Le comité innovation tourne en rond, le jeu tranche

En bref. Un comité innovation qui débat sans trancher n'a pas un problème d'idées. Il a un problème de critères : chaque fonction juge avec sa propre grille, et la décision revient au plus fort ou au dirigeant, seul. Imposer les mêmes critères à tous, au même moment, change la nature du comité. Un format de jeu le fait mieux qu'un ordre du jour.

Pourquoi le comité innovation tourne en rond

Dans un comité innovation, chaque fonction arrive avec sa propre grille de lecture. La R&D défend la faisabilité, le commerce le client qui a demandé, la finance le retour sur investissement, la production ce qu'elle sait fabriquer. Personne n'a tort. C'est justement le problème : sans critères communs, la décision revient à celui qui parle le plus fort, ou au dirigeant qui tranche seul, le soir, faute de mieux.

Chez DIM, à peine un projet sur dix franchissait toutes les étapes. Ce qui faisait la différence n'était pas la qualité des idées. C'était la capacité à les comparer avec les mêmes critères, au même moment, avec les bonnes personnes autour de la table.

Ce qu'un format de jeu change au comité

Le jeu impose une règle que l'ordre du jour n'impose jamais : chaque idée doit être qualifiée avant d'avancer. Pour qui, quelle valeur, quel risque, quelles ressources, à quel moment. On ne débat plus de convictions, on pose des cartes.

Les hiérarchies s'aplatissent. Un responsable de production peut arrêter un projet que le comité de direction trouvait évident, parce que la règle du jeu l'y autorise. En réunion, il se serait tu.

Les désaccords deviennent visibles. Quand deux fonctions placent la même carte à deux endroits différents du plateau, le désaccord est sur la table, pas dans le couloir après la réunion.

La décision sort de la salle. Chaque projet repart lancé, séquencé ou mis en maturation. Un projet repoussé n'est pas un projet mort : il attend son moment, avec ses critères.

Acculturer ou décider : deux comités différents

On confond souvent les deux. Une fresque acculture : elle donne à un groupe une culture commune de l'innovation. Un format de décision arbitre : il s'applique aux vrais projets de l'entreprise et produit un portefeuille trié. Les deux s'enchaînent bien. Les confondre, c'est sortir d'une journée enthousiaste sans aucune décision. Ce que la recherche dit de l'efficacité des jeux en entreprise est détaillé dans notre analyse serious game en entreprise.

Ce qu'il faut exiger d'un comité qui décide

Travailler ses propres projets. Les cas fictifs divertissent, les vrais projets engagent. C'est la différence entre un atelier et une décision.

Réunir toutes les fonctions qui décident. Si la finance ou la production manque, la décision sera rejouée plus tard, sans critères.

Tenir un rythme fixe. Un comité qui se réunit quand le dirigeant a le temps ne pilote rien. Le rythme compte plus que la durée.

Repartir avec des décisions et une mesure. Au moins un indicateur de valeur par projet retenu : celui qui dira, sur le marché, si la promesse a été tenue.

Le 13 octobre à Tech Flow, avec Digital Loire Valley, deux tables ont réuni un major du BTP, un opérateur de transport, une CCI, un incubateur et des financeurs. En une heure, des gens dont le métier est de piloter l'innovation des autres ont trouvé une langue commune. Ce n'est pas le jeu qui fait ça. C'est le terrain commun qu'il impose.

Questions fréquentes

Qui doit siéger au comité innovation ?

Toutes les fonctions qui décident ou qui portent le risque : direction, R&D, marketing, commerce, production, finance. Un comité sans la finance ou la production prend des décisions qui seront rejouées ailleurs.

Un format de jeu, c'est sérieux pour un comité de direction ?

Oui, à condition qu'il porte sur les vrais projets et qu'il produise des décisions. Le format ludique sert à lever les postures, pas à détendre l'atmosphère.

Combien de temps faut-il ?

De deux heures et demie pour une première session à plusieurs jours pour installer un rituel de décision dans la durée.

Et si personne n'a le temps d'animer le comité ?

C'est le cas de beaucoup de PME et d'ETI. Un directeur de l'innovation à temps partagé peut tenir le comité quelques mois, puis transmettre le rituel aux équipes.

L'auteur

Nicolas Viau est designer industriel de formation et fondateur d'Osmose Innovation. Il a dirigé l'innovation chez Enki Laboratoire, l'a pilotée chez DIM, et a conçu Innovation Flow Mapper, un serious game de management de l'innovation.

Pour aller plus loin

Faire décider votre comité sur vos propres projets : Innovation Flow Mapper. Confier l'animation du comité sans recruter : la Direction Innovation Partagée. Mesurer en trois minutes si votre organisation innove ou invente : l'autodiagnostic innovation.

Organiser une session sur vos propres projets : parlons-en.

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